Les birmans s’opposent à la construction d’une digue

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Les Birmans s’opposent au projet de la digue chinoise Myitsone


Les Birmans s’opposent au projet de la digue chinoise Myitsone . En Birmanie, l’archevêque de Rangoun appelle à résister aux tentatives chinoises de faire redémarrer le projet de construction de la digue de Myitstone pour 3,8 milliards de dollars sur l’Irrawady, le principal fleuve du pays.

Marie Duhamel – Cité du Vatican
«Nous, peuple du Myanmar, les larmes aux yeux, le cœur secoué par la peur et la douleur, frappons à la porte de nos gouvernants et de la communauté internationale». Ce sont les premiers mots d’une déclaration signée le 28 janvier dernier par le cardinal Charles Bo. L’archevêque de Rangoon s’y oppose fermement à la construction de la digue Myitsone qui serait «une condamnation à mort» pour la population du pays.
L’Irrawady est le principal fleuve de Birmanie. Il traverse le pays sur des milliers de kilomètres abreuvant les champs des paysans dont il est l’«inlassable compagnon». Il ne s’agit pas que d’un cour d’eau, explique le cardinal Bo : «Sa générosité envers les pauvres paysans fait de lui l’identité sacrée de la nation». Sur cette terre, 80% de la population vit de l’agriculture. Des «millions» de personnes pourraient ainsi «perdre leur moyen de subsistance» si le gouvernement laissait la Chine reprendre les travaux de construction au nord.

La paix est en jeu
«Un triste avenir attend le peuple birman. Nous ne le méritons pas». Une fois achevée, la digue plongerait sous l’eau une zone de deux fois la taille de Singapour et déplacerait des milliers de personnes dans l’État du Kachin où des groupes ethniques armés affrontent déjà les militaires. «La digue est une potion empoisonnée qui provoquera une guerre chronique. La paix disparaîtra», averti l’archevêque.
Une «sombre perspective» d’autant que de nombreux sites sacrés se trouvent actuellement le long du fleuve. Le «cauchemard» serait également d’ordre écologique. La construction signerait «la mort et la destruction de la précieuse faune et flore de notre pays».
L’Irrawaddy est «la mère sacrée de tout le peuple». Son histoire se mêle à celle du pays, «comme un joyau au cou de notre nation», il est «le témoin de nos douleurs, de nos joies et de notre histoire blessée. Il constitue notre espérance et notre destin».

Pressions et menaces extérieures
Pour un avenir de paix, la construction de la digue doit être bloquée, martèle le cardinal Bo. Il rejette l’idée que ce trésor puisse être perdu «du fait de l’avidité d’une superpuissance». Pendant des décennies, explique-t-il, de «grands et puissant pays ont abusé de leur position stratégique pour menacer la Birmanie». Le cardinal évoque le trafic humain de filles et femmes venant des États du nord, un sort qui pourrait maintenant s’abattre sur «notre mère», l’Irrawaddy. Selon lui, «de récents événements internes au pays ont encore augmenté les pressions exercées par certains pays sur notre nation : menaces et chantages ont été utilisés en toute impunité.»
Le cardinal appelle ainsi les parties intéressées à la reprise de la construction à abandonner leur projet. Il invite le peuple à collaborer pour protéger la dignité du fleuve. Il demande de l’aide à toutes les personnes de bonnes volonté. Pour se montrer sans pitié pour ceux qui soutiennent la reprise des travaux. Ils sont «comme des fils et des filles qui réifieraient leurs parents pour en obtenir des gains monétaires. L’histoire ne pardonnera jamais à ceux qui vendent l’Irrawaddy ».

Investissements nécessaires
Lors de son arrivée au pouvoir en 2016, le parti d’Aung San Suu Kyi, la National League for Democracy a nommé une commission de 20 membres dont des responsables de l’État Kachin pour mesurer l’impact social et environnemental de la digue de Myitsone. Deux rapports ont été remis, mais rien n’a été publié, ni décidé.
Pour l’instant, la China Power Investment Corporation, entreprise publique chinoise, ne peut reprendre les travaux interrompus par la junte militaire en 2011. Un «acte courageux» de l’ancien président U Thein Sein, souligne le cardinal Bo.
La population birmane est à 85% contre la digue selon un sondage publié en 2017 par l’école de Sciences politique de Rangoon. Mais les pressions chinoises s’accentuerait. Selon RFI, l’ambassadeur chinois en Birmanie se serait rendu dans l’Etat Kachin pour convaincre les élus locaux du bien-fondé du projet. Toujours selon Radio France Internationale, 90% de l’électricité fournit par la digue irait en Chine. Mais le gouvernement de la prix Nobel de la Paix a besoin d’attirer des investissements étranger pour faire décoller l’économie du pays, comme la prouve le sommet qui s’est tenu cette semaine à Rangoun. Or, vivement critiquée par l’Occident depuis la répression de l’été 2017 sur les Rohingyas, Aung San Suu Kyi pourrait se tourner vers la Chine.

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